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Je cheminais au bord du doux fleuve attiédi
Où se réfléchissait la fuite d’un nuage.
Je suivais lentement le chemin de halage
Tout en fleurs, qui descend en pente vers les eaux.
Des peupliers à droite, à gauche des roseaux;
Devant moi, les détours de la rivière en marche
Et, fermant l’horizon, un pont d’une seule arche.
Le courant murmurait, en inclinant les joncs,
Et les poissons, avec leurs sauts et leurs plongeons,
Sans cesse le ridaient de grands cercles de moire.
Le loriot et la fauvette à tête noire
Se répondaient parmi les arbres en rideau;
Et ces chansons des nids joyeux et ce bruit d’eau
Accompagnaient ma douce et lente flânerie.
Extrait de François Coppée, Le Cahier Rouge
Si j’étais la feuille que roule
L’aile tournoyante du vent,
Qui flotte sur l’eau qui s’écoule,
Et qu’on suit de l’oeil en rêvant ;
Je me livrerais, fraîche encore,
De la branche me détachant,
Au zéphyr qui souffle à l’aurore,
Au ruisseau qui vient du couchant.
Plus loin que le fleuve, qui gronde,
Plus loin que les vastes forêts,
Plus loin que la gorge profonde,
Je fuirais, je courrais, j’irais !
Plus loin que l’antre de la louve,
Plus loin que le bois des ramiers,
Plus loin que la plaine où l’on trouve
Une fontaine et trois palmiers ;
Par delà ces rocs qui répandent
L’orage en torrent dans les blés,
Par delà ce lac morne, où pendent
Tant de buissons échevelés
Extrait de Victor Hugo, Les orientales